L’intimité d’une mère et son poulain

Le mois de mai est propice aux naissances. C’est aussi le mois au cours duquel nous fêtons les mamans. En m’aventurant dans mes archives, je suis tombé sur quelques images réalisées l’année dernière, plus ou moins en cette même période et j’ai tout de suite eu envie de les partager avec vous. Tous les chevaux ici présentés sont des chevaux du Vercors de Barraquand… que vous avez jusque là plus souvent vu en noir et blanc qu’en couleur ! Alors pour fêter l’arrivée des poulains et pouliches de l’année, pour fêter les mamans (au Maroc où je me trouve en ce moment, c’était le 9 mai – en France, ce sera le 29!), place à ces images pleines de chaleur maternelle !

Jument et poulain broutent l'herbe riche des plateaux du vercors

Cette première image est issue de ma série sur la montée en alpage des chevaux du Vercors. Même si la plupart des individus de la race vivent aujourd’hui toute l’année dans le massif, certains éleveurs tiennent encore à mener leurs poulinières et jeunes chevaux encore plus haut, sur les plateaux.

Le cliché a été réalisé à la fin de la montée. Suite à l’effort non négligeable fourni pour atteindre les hauteurs, les chevaux peuvent enfin profiter d’une végétation particulièrement généreuse et ne s’en privent pas. Les espaces sont vastes mais pour autant, mères et petits restent côte à côte sous le regard tendre du groupe d’humains qui les ont accompagnés jusqu’ici. Ils pourront profiter tout l’été des bienfaits de la montagne et d’une liberté encore plus grande qu’à l’accoutumée. La manière dont cette jument vient cueillir sa nourriture, presque timidement, sous le nez de sa petite me fait ressentir cette forme de chaleur protectrice dont les adultes essaient de couvrir leurs enfants sans que ces derniers n’en aient conscience…

Nez d'une pouliche cachée derrière sa mère, cheval du vercors de barraquand, élevage de la crau

Comme vous le savez peut-être déjà, les chevaux du Vercors de Barraquand avaient pour habitude, durant la première moitié du XX° siècle, de réaliser une transhumance depuis la Crau où ils passaient l’hiver, jusque dans le Vercors où ils séjournaient tout l’été. Aujourd’hui, il reste un éleveur important dans la plaine de Crau, Jean-Louis Barraquand, petit fils de celui qui fit reconnaître la race un siècle plus tôt.

Cette image a été réalisée chez lui. Les chevaux y sont élevés sur un modèle plutôt rustique, en troupeau, avec très peu d’intervention humaine. Le rapport que je peux entretenir avec eux lors de mes séances photo en est d’autant plus intéressant. Ici, tandis que je faisais le tour de la jument pour faire un portrait de la pouliche, cette dernière s’est mise à tourner de la même manière pour m’empêcher de parvenir à mes fins. Seul le bout de son nez dépassait de la belle encolure maternelle et protectrice !

Jument et son poulain dans la plaine de Crau

Nous connaissons tous, enfin je l’espère, ces petits instants de bonheur intense où rien ne semble plus important que le moment présent. Pour ma part, ils surviennent chaque fois que je me trouve dans la nature tôt le matin et que le soleil passe enfin l’horizon après une nuit parfois belle, parfois agitée. En hiver comme en été, il en résulte une sensation de chaleur, renforcée par des couleurs et des ombres qui enrobent le moindre petit relief, de la grande colline jusqu’à la courbe du nez. Ce matin là, il m’a semblé que je n’étais pas le seul à apprécier l’instant. Mère et fils admiraient eux-aussi le spectacle. Et moi de les immortaliser dans un jeu à trois entre le sujet, le photographe et ce soleil qui nous réunit.

Jeremy Durand
www.701chevaux.com

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