Première fois sur le dos de son cheval…

Il y a six mois de cela débutait au sein des Haras Nationaux marocains une formation aux techniques d’éducation du cheval dites « éthologiques ». Sous l’égide de la SOREC (Société Royale d’Encouragement du Cheval, présidée par M. Omar Skalli) et menée par Gwladys Lecarpentier d’Ekinatural, l’enseignement se déroule au sein des belles infrastructures du Haras National d’El Jadida avec des étalons reproducteurs barbes et arabes-barbes. Les quatre étudiants dont nous avions fait le portrait il y a quelques mois ont su évoluer au fil des semaines, tout comme les chevaux dont ils s’occupent. Aujourd’hui, je me suis à nouveau rendu auprès d’eux car ils vont pour la première fois monter sur le dos de leur compagnon. En effet, après une première partie de formation exclusivement dédiée au travail au sol, les étudiants commencent le travail de débourrage. Un moment clé dans la relation homme/cheval, tant sur le plan émotionnel que technique. Une fois l’exercice terminé, je leur demande de se préter au jeu de l’interview. Voici leur témoignage.

Hicham et Dloul

Hicham et Dloul en formation SOREC
Gwladys Lecarpentier d'Ekinatural conseille ses étudiants
Hicham réussit à monter Dloul
Après l'effort, le réconfort !

Lorsque j’ai découvert pour la première fois le cheval qui allait m’être confié, Dloul, je l’ai trouvé particulièrement agressif, voire dangereux. Gwladys a commencé par nous apprendre les bases du travail de sensibilisation, désensiblisation et du respect de l’espace personnel. Cela m’a permis, peu à peu, de gagner la confiance de mon cheval. Au fil des semaines, nous avons ainsi travaillé sur la confiance, le mental et la relation que nous construisons avec le cheval. J’ai beaucoup appris et mon travail a changé. La différence, aujourd’hui, c’est qu’on peut comprendre comment et pourquoi les chevaux réagissent, on sait comment faire pour obtenir leur confiance.

Dloul est un cheval qui comprend très vite ce qu’on lui demande. Cependant, lorsque j’ai du faire l’exercice du premier montoir, d’anciens souvenirs sont remontés à la surface et j’avais beaucoup d’appréhension. Finalement, après quelques minutes de désensiblisation, j’ai réussi à monter. Une fois sur le dos du cheval, j’ai vu toutes les dernières semaines s’écouler dans ma tête et j’ai compris que tout le travail effectué jusque là avait porté ses fruits, tant pour le cheval que pour moi-même. Et ça m’a redonné une folle énergie pour continuer le travail et définitivement m’impliquer dans la démarche éthologique.

Pour moi, le cheval représente la noblesse parce qu’on donne peu et eux nous donnent beaucoup. Ce n’est pas une machine ou un objet que l’on gagne avec de l’argent, c’est… c’est un psychologue qui nous sort de notre coquille. Quand je pense aux chevaux, je pense à ma famille. C’est pareil. Comme elle, je ne peux pas les laisser sans leur donner de l’amour. Je passe d’ailleurs plus de temps avec eux qu’avec ma famille.

Driss et Dadda

Driss et Dadda à la longe
Driss le pied dans l'étrier - formation SOREC / Ekinatural
Driss sur le dos de Dadda, sous le regard de Gwladys
Driss, heureux, félicite son cheval d'une caresse
Gwladys Lecarpentier en discussion avec ses étudiants Ekinatural

Les premières fois que je suis rentré dans le box de Dadda, le cheval restait dans son coin et évitait le contact humain. Gwladys m’a fait comprendre, au travers des cours d’éthologie, qu’il avait développé une certaine peur de l’homme. Alors j’ai commencé à travailler pour enlever cette peur. Et par la même occasion, ces nouvelles connaissances m’ont aussi permis de comprendre les problèmes d’autres chevaux que j’ai pu rencontrer ensuite. Au fil des semaines, Dadda s’est révélé être un cheval puissant, un vrai guerrier, qui peut chercher le conflit. Mais aujourd’hui, je crois que j’ai réussi à le convaincre que je n’étais pas là pour lui faire du mal. Lorsqu’il monte en tension, je rabaisse mon énergie et le cheval se calme peu à peu. Je veux devenir sont référent grâce à la relation que je développe avec lui chaque jour.

Lorsque je suis arrivé sur le montoir pour l’exercice, le cheval n’a pas tout de suite compris ce qu’il devait faire. A chaque fois que j’essayais de monter, le cheval se mettait à bouger. Du coup, sur les conseils de Gwladys, grâce à l’expérience des semaines passées et à la connaissance que j’ai de mon cheval, je me suis dit qu’il fallait que je prenne un peu de risques. Alors je suis monté sur lui dans le mouvement. Et une fois sur son dos, le cheval s’est immobilisé. Il a compris l’exercice. Personnellement, une fois assis sur la selle, j’avais l’impression de ne former plus qu’un seul et même être avec Dadda.

Le cheval m’inspire beaucoup de choses. J’ai commencé très jeune le travail avec les chevaux et au fil des ans j’ai acquis tout un vocabulaire du comportement du cheval. Malgré cela, ma capacité à avoir une vraie relation émotionnelle avec eux a vu le jour grâce à cette formation et grâce à l’approche éthologique du cheval. J’ai commencé à comprendre chaque posture du cheval. Parfois, je ne me sens pas bien. Alors je vais voir les chevaux et je trouve auprès d’eux un amour et un réconfort que je ne trouve pas ailleurs. Je me sens mieux avec eux. J’ai l’impression que mon cheval m’écoute. Comme je le disais je veux devenir son référent, mais parfois, c’est lui qui prend ce rôle envers moi !

Adil et Dikken

Adil et Dikken avant l'exercice du montoir
Désensibilisation à la selle
Dikken prend la fuite, Adil perd le contrôle
Adil et Gwladys rassurent le cheval
Gwladys prend du temps avec Dikken pour ne pas le laisser sur un échec

Avant de commencer la formation, je n’avais jamais entendu parlé d’éthologie. J’ai compris que c’était une science à partir de laquelle ont été codifiés des exercices pour créer une relation saine avec son cheval. Et c’est vrai que c’est la première fois que je réussis à avoir une vraie relation avec un cheval. Aujourd’hui, je sais ce que je fais et pourquoi je le fais. Parce que tous les exercices sont pensés en fonction de la nature du cheval. Pour ce qui est de Dikken, c’est un cheval qui est un peu long à comprendre ce qu’on lui demande. Mais déjà il a compris que mon rôle était de lui apprendre des choses. En échange, grâce à lui, j’ai moi-même appris à mieux maîtriser mes émotions. J’ai pris confiance en moi et en mon travail. Je me sens beaucoup mieux.

Donc après six mois de formation en éthologie, j’ai moi aussi procédé au premier montoir. J’en avais fait auparavent sur d’autres chevaux, mais avec les anciennes méthodes que l’on m’avait apprises. C’était très différent. Avec Dikken, après avoir désensibiliser à la selle et aux étriers, le cheval m’a paru très calme, je l’ai bien senti. Alors j’ai voulu lui monter dessus. Mais dès qu’il a senti mon poids sur son dos, il a eu peur, il a pris la fuite et m’a jeté par terre. Avec Gwladys nous avons essayé de le rassurer mais on a remis l’exercie au lendemain. Cette fois-là, j’ai mis l’accent sur le fait de lui faire comprendre que c’était un exercice comme les autres. Parfois j’ai moi-même besoin de faire des erreurs pour pouvoir les corriger. Alors c’est un mauvais moment à passer mais je sais que c’est pour m’améliorer.

Le cheval, c’est un animal qui nous apprend la patience, la vigilence et nous permet d’acquérir une confiance en soi nécessaire pour bien mener notre vie. Quand tu traites bien le cheval, le cheval te rend meilleur. Je pense tout le temps aux chevaux, c’est toute ma vie.

Mohsine et Damam

Complicité entre Mohsine et son cheval Damam
Mohsine en léger appui sur Damam
Le cheval essaie de mordre les pieds de son cavalier
Mohsine rassure son cheval Damam - formation SOREC Ekinatural

Je suis arrivé un peu plus tard que les autres dans la formation, j’ai commencé il y a cinq mois environ. Mon cheval, Damam, au début il prenait les exercices pour des jeux et me mordait ou me bousculait. Avec les conseils de Gwaldys, j’ai réussi à convaincre mon cheval de rentrer dans un processus de travail. Avant, il ne respectait pas ce que je lui demandais. Avant, sans la méthode dite éthologique, je n’essayais pas de gagner la confiance du cheval et le cheval ne comprenait pas ce que je lui demandais. Mais là, petit à petit, à force de travail, j’ai réussi à créer une vraie relation avec Damam. Une relation de « professeur-ami ». Je sais maintenant comment me faire comprendre de lui.

L’exercice du premier montoir s’est bien passé. Damam n’a pas tout de suite compris que je voulais lui monter dessus. Et comme je sais qu’il n’aime pas les espaces étroits, j’ai demandé à Gwladys si je pouvais faire l’exercice en-dehors des ballots de paille qui nous servaient de montoirs. Et ça a fonctionné. Là, il a compris que c’était simplement un exercice comme les autres. En respectant toutes les étapes de désensibilisation, j’ai réussi à monter. Une fois dessus, j’étais très heureux. Au début, il faut dire que je ne voulais pas monter sur son dos parce qu’avec le temps, il est devenu comme mon enfant. Je ne voulais pas lui faire ça ! Je voulais presque pleurer parce que j’ai créé une relation très forte avec lui. Alors une fois dessus, j’ai tout de suite cherché à le rassurer, à être tranquille…

Le cheval est un ami de l’être humain. Pour moi, c’est la plus belle rencontre que j’ai pu faire. Il y a longtemps, j’ai du arrêter de travailler avec les chevaux rien qu’une semaine. Et bien je me suis senti malade. Et à mon retour à l’écurie, tout de suite j’allais mieux. Et puis maintenant, quand je vois un cheval, je sais ce qu’il veut, les questions qu’il pose. Quand je communique avec Damam, je suis heureux, car c’est extraordinaire de pouvoir comprendre et se faire comprendre d’un animal comme celui-là.

Gwladys face à Darkaoui Graine
Exercice de flexion de l'encolure
Gwladys désensibilise son cheval au poids du cavalier
Gwladys sur le dos de Darkaoui, étalon du haras national d'El Jadida

Dans un véritable processus pédagogique, Gwladys aussi a pris un cheval au travail. Darkaoui Graine de son nom. Une manière de montrer à ses étudiants par les faits ce qu’elle leur apprend au quotidien. Elle est passée en premier sur l’exercice du montoir. Exercices de flexions de l’encolure, désensibilisation progressive à la selle, aux étriers, au poids du cavalier, au passement de jambe pour finalement se retrouver sur le dos de son compagnon et le récompenser.

La formation va se poursuivre jusqu’au mois d’Octobre. Jusqu’ici le travail des cinq chevaux s’est déroulé à l’intérieur des infrastructures du Haras. Gwladys envisage d’emmener hommes et chevaux à l’extérieur des murs de l’établissement, sur les sentiers de randonnée allentours. Une autre étape indispensable à ses yeux à l’éducation des chevaux. Mais ce n’est pas encore pour tout de suite et je serai évidemment de la partie pour témoigner de ces futurs accomplissements !

Jeremy Durand
www.701chevaux.com

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